J’ai le très grand plaisir de vous informer que je soutiendrai ma thèse de sociologie le 9 janvier 2025 à 14h, intitulée
Le temps de l’orientation.
La canalisation des aspirations post-bac de lycéen·nes francilien·nes
La soutenance se déroulera au 1er étage de Sciences Po, dans les salons de l’école doctorale. L’entrée se fait par le 1, place St Thomas d’Acquin, 75007 Paris.
Le jury est composé de :
Olivier BERAUD MARTIN, professeur des universités, Université Paris Cité (président)
Joanie CAYOUETTE-REMBLIÈRE, chargée de recherche, Ined
Pierre DORAY, professeur émérite, Université du Québec à Montréal (rapporteur)
Christophe MICHAUT, professeur des universités, Université de Nantes
Sophie ORANGE, professeure des universités, Université de Nantes (rapporteure)
Agnès VAN ZANTEN, directrice de recherche, CNRS/CRIS (directrice)
J’interviendrai brièvement ce jour, aux alentours de 13h40, dans le 12h-14h de la radio France info, présenté par Frédéric Carbonne.
Je répondrai à des questions sur le développement des formations privées sur Parcoursup et j’avancerai quelques éléments issus de mon travail de thèse qui permettent de comprendre pourquoi les lycéen·nes se tournent vers le privé.
En mars dernier Marie-Paule Couto et moi-même avons été auditionnées au Sénat dans le cadre du rapport d’information sur la procédure Parcoursup de la commission de la culture, de l’éducation et de la communication.
Nous avons échangé avec les sénateurs présents autour de nos travaux de recherche sur Parcoursup et l’orientation post-bac.
Plusieurs points ont pu être abordés :
La rédaction des lettres de motivation est un exercice technique qui repose sur un ensemble de normes dont la maîtrise est particulièrementinégale selon les milieux sociaux et le niveau scolaire.
D’après une enquête de l’Observatoire de la Vie Étudiante que nous avons mobilisée, l’accompagnement par les enseignant·es et conseiller·es d’orientation est variable selon l’origine sociale des élèves.
Nous avons apporté quelques éléments concernant le développement d’un marché privé de l’accompagnement à l’orientation.
Enfin, nous avons insisté sur le renforcement de la ségrégation scolaire en Île-de-France à la suite du déploiement de Parcoursup.
Le rapport complet de la commission – incluant les compte-rendus des auditions et les recommandations formulées – est accessible ici.
Marie-Paule Couto, qui a publié un article académique sur le sujet, coécrit avec Marion Valarcher, a passé au crible un corpus de projets motivés. « Nous avons constaté qu’il existe différentes manières de s’approprier l’exercice » […] « Cela nécessite une connaissance très fine des différences entre les formations, car chaque lettre doit être précisément ajustée à la formation visée en mentionnant ses spécificités, prévient Marie-Paule Couto. C’est parfois très subtil pour des personnes qui ne sont pas familières avec l’enseignement supérieur ! »
Aux côtés de nombreu·ses collègues sociologues, j’ai été interrogée par Natacha Lefauconnier pour l’article “Parcoursup : selon l’origine sociale des lycéens, une orientation à armes inégales“. J’y reviens sur les motivations variables des bachelier·es selon leur série du bac que nous avons étudiées dans le même article avec Marie-Paule Couto.
En fonction du type de bac préparé, les élèves n’avancent pas les mêmes raisons pour justifier leurs vœux. « Les bacheliers généraux, où l’on retrouve la majorité des élèves de milieux favorisés, mettent davantage en avant leur intérêt pour une discipline, tandis que du côté des bacs technologiques et professionnels, on choisit plus souvent une filière parce qu’elle est adaptée à sa série du bac » détaille Marion Valarcher.
Avant de se lancer dans la réalisation de traitements statistiques sur Excel, il peut être utile de vérifier que l’on est suffisamment à l’aise avec un tableur (nom générique pour désigner un logiciel qui permet de manipuler des tableaux) et que l’on comprend le vocabulaire qui s’y rapporte. Ce billet répertorie quelques sites Internet utiles pour se former à l’utilisation généraliste d’Excel et de tableurs.
Découvrir les tableurs
Les sites d’aide à la préparation du C2I (Certificat Informatique et Internet) sont particulièrement utiles pour cela. Il y a en effet une partie “Tableur” dans les thèmes du C2I et la maîtrise de ce thème est un pré-requis pour le cours de « Raisonnement quantitatif et statistique ». Le site d’Antoine Moulin, enseignant à l’IUT de Haguenau, propose des QCM sur les différents thèmes du C2I. Celui sur le thème tableur permet d’identifier les aspects qui ne sont pas encore maîtrisés et a l’avantage de proposer une présentation de ce qu’est un tableur pour les personnes qui ne seraient pas du tout familières de l’outil. Le site développé par Marie-Joelle Ramage, maîtresse de conférence à l’Université de Paris-Saclay, rassemble quant à lui plusieurs exercices interactifs qui permettent de s’entraîner sur des techniques de base.
Je rencontre un problème sur Excel
Il n’est pas rare de rencontrer un problème dans une formule Excel, de ne plus trouver comment faire une manipulation etc. Les ressources sont très nombreuses sur Internet pour identifier l’erreur et résoudre le problème, de l’aide peut souvent être trouvée sur des forums d’entraide. On peut les trouver en recherchant sur un moteur de recherche par exemple.
Il ne faut pas non plus négliger le support de Microsoft Office qui propose quelques aides à la prise en main, ainsi que :
la liste des fonctions Excel et leur utilisation
une liste des messages d’erreur les plus fréquents et leur explication
Faire des statistiques avec un logiciel de tableur
Quelques autres ressources peuvent s’avérer utiles lorsque l’on veut faire des statistiques sur Excel :
Le cours en ligne sur openclassrooms proposé par Baptiste Fougeray et Blaise Barré revient sur la prise en main d’Excel et donne les bases du langage VBA
Le livre Statistique descriptive et inférentielle avec Excel. Approche par l’exemple peut également être pratique, même s’il repose sur une ancienne version du logiciel
Des catégories difficilement lisibles et un raisonnement sur critères géographiques
Pour candidater à la plupart des formations de l’enseignement supérieur, les lycéen·ne·s doivent, depuis 2017-2018, se connecter sur le site de Parcoursup.
Hier, jeudi 18 juillet, les dernières propositions de la phase principale ont été envoyées aux lycéen·ne·s. Elles et ils ont la possibilité de valider définitivement leur inscription dans la formation qui leur convient le mieux, et qui les a accepté·e·s. Mais avant d’obtenir des réponses à leurs demandes d’affectation, ils et elles avaient dû rechercher les formations auxquelles candidater sur le site de Parcoursup : c’était la phase de formulation des vœux, qui s’est déroulée du 22 janvier au 14 mars. Depuis le 25 juin, les élèves qui s’inscrivent dans la phase complémentaire se retrouvent à nouveau dans une phase similaire : elles et ils recherchent – cette fois parmi les formations qui proposent encore des places – des formations qui les intéressent et auxquelles ils ou elles veulent proposer leur candidature.
De nombreuses analyses de Parcoursup ont décrit avec finesse les problèmes que posait ce nouvel outil. Tout d’abord, le site véhicule une conception de l’orientation fondée sur un modèle prédictif de gestion des risques : l’objectif de Parcoursup est de « cibler les populations qui sont le plus à même d’échouer dans l’enseignement supérieur et de contrôler leur accès à certaines formations »1. Cela a pour conséquences de rigidifier les trajectoires scolaires en limitant les changements de parcours et les réorientations. D’autre part, la temporalité et la mise en œuvre des procédures accroissent l’angoisse des élèves2. En effet, ces dernier·e·s sont contraint·e·s de se connecter très fréquemment sur Parcoursup pour répondre aux propositions d’admission qui leur sont faites. Ces angoisses ont d’ailleurs été accentuées cette année par un “bug” qui a annoncé à certain·e·s leur admission dans une formation avant de les placer le lendemain en liste d’attente voire de leur annoncer qu’elles ou ils avaient été refusé·e·s.
Parcoursup a été présenté, à la suite d’APB3, comme un outil permettant davantage de lisibilité sur les formations de l’enseignement supérieur puisqu’il centralise les procédures de candidature. Pourtant, l’analyse des outils proposés par le site pour trouver des formations invite à remettre en cause cette lisibilité annoncée. Ainsi, cet outil (1) présuppose une connaissance des formations de l’enseignement supérieur, ainsi que de leurs acronymes, et (2) repose sur des critères de recherche de formations qui ne sont pas nécessairement ceux des lycéen·ne·s. Ces deux caractéristiques complexifient les candidatures dans des formations.
Lorsque l’on veut chercher une formation sur Parcoursup, il existe depuis la rentrée 2018 deux manières de faire : soit on recherche une formation “par critères”, soit on utilise une carte interactive.
Capture d’écran du site de parcoursup.fr au 18 juillet 2019 – Les deux façons de rechercher une formation
Les catégories de formations mobilisées par la plateforme
Capture d’écran du site de parcoursup.fr au 18 juillet 2019 – La recherche par critères
Le premier critère de recherche proposé par le site est le “type de formation”. Sous cette appellation se cache un menu déroulant constitué de 22 intitulés dont le critère de catégorisation n’est ni un ordre alphabétique, ni un classement selon le type d’établissements proposant les formations, ni un classement selon le nombre de formations proposées. Les intitulés de ces types de formation comportent, par ailleurs, 9 fois sur 21 un acronyme qui n’est pas explicité – et donc pas nécessairement compris par les élèves de Terminale. Ainsi, des entretiens réalisés avec des élèves de Terminale ont mis en évidence que si un certain nombre d’élèves a déjà entendu parler de “classes préparatoires”, ils et elles ne connaissent cependant pas l’acronyme CPGE (Classe Préparatoire aux Grandes Écoles) qui les désigne sur le site. Or, la connaissance de cet acronyme est le seul moyen de trouver des classes préparatoires sur le site de Parcoursup en utilisant la recherche par “critères”. L’usage des acronymes constitue donc une difficulté supplémentaire pour les lycéen·ne·s qui seraient déjà les moins familier·e·s des formations de l’enseignement supérieur, contribuant par-là même à accroitre les inégalités entre les élèves. Des travaux ont déjà montré que la nature et la quantité d’information auxquelles accèdent les lycéen·ne·s est fortement corrélée à leur classe sociale, à l’établissement dans lequel elles ou ils sont scolarisé·e·s ainsi qu’à la filière de bac qu’ils ou elles préparent4. L’outil de recherche par critères contribue ainsi à renforcer ces inégalités sociales pré-existantes.
Capture d’écran du site de parcoursup.fr au 18 juillet 2019 – Liste des différents types de formations proposés dans le menu déroulant
“Formations d’ingénieurs” ou “Formation en ingénierie” ?
La pertinence des catégories utilisées pour désigner les formations mérite également d’être interrogée. Quelle est la différence entre une “formation en ingénierie” et des “formations d’ingénieurs” ? Qu’est-ce qui différencie les “écoles supérieures d’art” et les “diplômes des métiers d’art” ? Si des réponses techniques à ces questions doivent certainement exister, il n’est pas certain que ces subtilités soient maîtrisées par l’ensemble des élèves de Terminale. Le recours à ces catégories favorise donc les élèves qui maîtrisent le mieux les catégories institutionnelles ou qui sont entouré·e·s de personnes qui peuvent les éclairer sur ces catégories. Et ces élèves sont plus souvent celles et ceux qui sont scolarisé·e·s dans les lycées les plus prestigieux et dont les parents sont les plus diplômés.
Les types de formations proposées ” reprennent à leur compte les découpages institutionnels et administratifs, mais qui n’ont de réalité […], ni dans les représentations mentales que se font les bacheliers de l’enseignement supérieur, et encore moins dans les usages qu’ils en font.“
Bodin, Romuald, et Sophie Orange. « La barrière ne fera pas le niveau. La sélection à l’université : une fausse solution à un problème mal posé », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 199, n° 4, 2013, pp. 102-117.
La centralité du critère géographique
Par ailleurs, la recherche “par critères” permet également une recherche géographique à plusieurs niveaux : il est possible de chercher une formation par région administrative, par académie, par département ou par ville. En insistant sur le critère géographique la plateforme encourage les élèves à raisonner sur la base d’espaces géographiques connus.
La littérature a bien montré que ce critère géographique est essentiel dans l’orientation d’une part importante des lycéen·ne·s de classes populaires : qu’il s’agisse des élèves qui candidatent dans le BTS de leur lycée5 ou de celles et ceux qui privilégient les antennes des universités à côté de leur domicile6. En ce sens, la centralité du critère géographique sur le site de Parcoursup peut agir pour ces élèves comme un rappel à l’ordre de la sédentarité tandis que les élèves mieux doté·es disposent de davantage de ressources pour envisager des études dans d’autres espaces7). Cette réalité est d’autant plus marquante qu’il n’existe pas de critères de priorité géographique pour les formations sélectives auxquelles les lycéen·nes les plus favorisé·es postulent plus souvent alors qu’ils existent pour les formations dites “non-sélectives”.
Conclusion
Parcoursup, comme APB avant lui, met en acte dans son outil de recherche de formations une “logique formelle” qui s’oppose à la “logique commune” de l’orientation des classes populaires ((Lemêtre, Claire, et Sophie Orange. « Les bacheliers professionnels face à Admission Post-Bac (APB) : « logique commune » versus « logique formelle » de l’orientation », Revue française de pédagogie, vol. 198, n° 1, 2017, pp. 49-60.)). La plateforme s’adresse aux lycéen·ne·s dans une langue qui n’est pas maîtrisée par toutes et tous dans la même mesure. Ce faisant, l’outil participe à reproduire les inégalités sociales dans l’orientation en ancrant spatialement les élèves les plus populaires et en reposant sur les inégales informations auxquelles les lycén·nes accèdent selon leurs caractéristiques sociales.
Bodin, Romuald, et Sophie Orange. « La gestion des risques scolaires. « Avec Parcoursup, je ne serais peut-être pas là » », Sociologie, vol. 10, n° 2, 2019, pp. 217-224. [↩]
Allouch, Annabelle. « Les étudiants livrés au marché de l’anxiété», Le Monde Diplomatique, avril 2019, pp. 10-118. [↩]
admission-postbac.fr, plateforme d’affectation dans l’enseignement supérieur entre 2009 et 2017, avant la mise en place de Parcoursup [↩]
Van Zanten, Agnès. « Les inégalités d’accès à l’enseignement supérieur : quel rôle joue le lycée d’origine des futurs étudiants ?», Regards croisés sur l’économie, vol. 16, n°1, 2015, pp.80-92 [↩]
Orange, Sophie. « Le choix du BTS. Entre construction et encadrement des aspirations des bacheliers d’origine populaire », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 183, n° 3, 2010, pp. 32-47. [↩]
Beaud, Stéphane. 80 % au bac… et après ? Les enfants de la démocaratisation scolaire. La Découverte, 2003 [↩]
Il faut tout de même rappeler que plus de 50% des étudiant·e·s néo-bachelier·e·s d’origine défavorisée étudient dans un autre bassin d’emploi que celui où ils et elles ont passé le bac. (cf. Fabre, Jérôme et Émilie Pawlowski. « Aller étudier ailleurs après le baccalauréat: entre effets de la géographie et de l’offre de formation », Insee Première, n° 1727, 2019. [↩]